Le signe de la Révolution

22h40 à Lille, le vendredi 23 octobre. 

Je sors du cinéma et rentre par la rue des Chats-Bossus. De loin, j'aperçois une agitation inhabituelle sur le trottoir. Devant l'enseigne Louis Vuitton, une dizaine d'ouvriers s'affairent contre la vitrine, presque sans un mot. Emmitouflés jusqu'au cou dans leur parka, ils revêtent la façade d'un nouveau manteau de fer. La tempête de demain les inquiète. Les dégâts de la semaine passée les hante encore. La casse. Le pillage. Il est tard, mes paupières tombent, et pourtant ces hommes travaillent encore, dans le froid. Le vrombissement des visseuses déchire le silence de la rue.

Je poursuis mon chemin. La boutique suivante s'est elle aussi dotée d'une armure, de bois cette fois, qui n'était pas là plus tôt dans la journée. Mon regard glisse sur les vitrines voisines : elles sont vides. Plus un produit ne trône au-dessus des colonnes blanches. 

De l'autre côté de la chaussée pavée, le même spectacle s'offre à moi. Un second groupe, plus restreint, achève de ranger ses outils posés à même le sol. Ces soldats sont les derniers dehors ce soir.

Le quartier est calme, mais les vitrines présagent un tumulte imminent. Plus loin, la pharmacie aussi s'est barricadée. Je ne reconnais plus cette rue que je parcours pourtant chaque jour. Le décor a changé, et l’insurrection qui s'annonce semble déjà là. C'est le signe d'une révolution.

Charlotte Hoizey-Oud